Kalimantan

On raconte qu’avant que l’homme ne pose le pied à Bornéo les orang outans étaient doués de parole. Voyant arriver la civilisation, ils ont préféré se faire passer pour bêtes afin que nous les laissions vivre en paix…

Assis sur sa branche, l’ancien ne dit rien mais n’en pense pas moins. Son regard m’interroge sur  la raison de ma venue. Que puis-je répondre? Qu’il y a quatre mois plus tôt, un copain m’a proposé de le suivre en voyage. Que je me suis retrouvé sur ce bateau fendant les eaux du fleuve Kapuas. Puis dans cette forêt à me faire dévorer par les moustiques en attendant de rencontrer un lointain cousin. Quelle drôle d’idée!

Ma réponse je l’ai eue plus tard. Après avoir sillonné un petit bout de cet immense pays. Après avoir rencontré les gens du fleuve, ceux des villes de béton, de bric et de broc et ceux des villages de pêcheurs perdus au bout d’une route. Après avoir voyagé des heures durant sur le toît d’un bus bondé, m’être fait inviter sous le toît de personnes dont je ne connaissais même pas la langue. Après m’être levé à quatre heures du matin pour regarder sur une télé posée en pleine rue l’Europe courir derrière un ballon rond. Après avoir senti planer l’odeur âcre des feux de la déforestation.

Je suis venu sans vraiment savoir pourquoi et je repars en ayant pris une leçon d’humanité doublée d’une grande claque.